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La police aux services du grand capital tue avec des armes de guerre, la résistance doit s'organiser pour apporter une réponse proportionnée à ce qui n'est rien d'autre qu'une dérive fasciste.

Publié le par DAC

3 novembre 2014, Lettre à la mère de Rémi,
A l’heure où sur Paris on condamne les manifestations violentes et où on loue les sit-in pacifiques,
je vous écris cette lettre.
J’ai perdu mon frère dans des conditions très proches de celles dans lesquelles vous avez perdu
votre fils. Mon frère qui prenait tant soin de ma mère nous a quitté, il ne reviendra plus. La perte de
mon frère était sur le coup une douleur immense que je ressens à chaque fois que l’Etat assassine à
nouveau. « Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve » disait quelqu’un. A chaque fois que l’Etat
assassine on a aussi l’opportunité de l’arrêter, de le contraindre à changer et de rendre la dignité
perdue à tous les autres.
Par la mort de Rémi se noue beaucoup plus que l’histoire d’une vie, il se noue notre vie à tous,
individuellement et collectivement. La criminalisation qui a été opérée est terrible, ça a été la même
chose pour nous. J’ai compris plus tard qu’elle était voulue. Je ne voulais qu’une chose, que la
Justice fasse la vérité et rende la dignité que méritait mon frère, dans le calme, et que cette histoire
profite à tous, à nous les gouvernés pour mieux nous aimer et à la police pour la réconcilier avec la
nation. Je pensais que la police ne pouvait accepter dans ses rangs des assassins, je ne la connaissais
à l’époque pas assez. Je me trompais. Les quartiers ont brûlé, on a appelé au calme : chaque voiture
ou chaque poubelle brûlée était vécue comme une insulte, comme une épine en plein cœur, une
épine sur laquelle on appuyait.
Puis le temps est passé, on nous a promis la vérité, mais on n’a eu que des mensonges, que des
fausses promesses, comme tant d’autres avant nous. On nous avait prévenu, mais on n’y croyait pas.
François Hollande, lui-même, avait pris ma mère dans ses bras et lui avait promis qu’il nous aiderait
à faire la lumière sur la mort de son fils. Sans la justice et la vérité, on vivait le temps qui passait
comme une condamnation. Nous étions toujours en prison, à suffoquer et à appeler la Justice à
l’aide.
Et puis on a compris que notre cas n’était pas isolé, que tant d’autres familles vivaient et vivent la
même chose. Il y a tant d’humiliations et de mutilations commises consciemment par la police et
couvertes par la justice, tant !
On a aussi découvert la manière de penser des policiers, ça fait froid dans le dos. Voici un exemple :
Mercredi dernier, suite à la manifestation sur Paris, un des policiers m’a dit « 1-0 » devant ses
autres collègues au commissariat, qui ricanaient lorsqu’ils me voyaient arborer le tee-shirt «
Urgence Notre Police Assassine ». Aucun ne l’a repris, aucun... Des exemples de ce genre, tant de
français en vivent quotidiennement, ils n’en peuvent plus de cette police et n’en voient pas le bout.
Je comprends l’appel au calme, on l’a également fait. Comprenez également que de nombreuses
personnes ne croient plus en ce système qui donne une impunité de facto à la police. Comprenez
que l’on ne peut concevoir la non-violence qu’à condition de supposer que le camp d’en face est
capable de se remettre en cause : ils en sont humainement incapables, parce qu’ils considèrent que
remettre en cause la police, ce serait remettre en cause l’Etat. Depuis 40 ans, la police tue
impunément, à répétition. Depuis 40 ans, on assiste à la même démarche pour noyer les meurtres de
l’État, malgré les vidéos, les témoins, les évidences. Depuis 40 ans, il y a des sit-in, des
manifestations, des livres, des prises de positions d’hommes politiques, des tribunes adressées au
ministre de l’intérieur. Depuis 40 ans, ça ne fonctionne pas.
Voici comment ça se passe : dépêche AFP, mensonge du procureur, enquête de mauvaise qualité et
tronquée pour aboutir sur une condamnation ridicule après de nombreuses années, voire à une
absence de condamnation. Le pire, c’est que ceux qui vont enterrer l’affaire auront des promotions

et ceux qui ont tué nos frères, nos fils ou amis, eux seront traités comme des champions par leurs
collègues. Telle est la réalité que vous vivrez vous aussi.
Manuel Valls dit que les violences sont des insultes à la mémoire de Rémi, mais sachez que Manuel
Valls, par son inaction à combattre l’impunité policière, est le premier meurtrier de votre fils. C’est
un criminel récidiviste. Il est venu à Clermont-Ferrand une semaine avant le rendu du rapport de
contre-autopsie bidon dont il connaissait les aboutissants, et il n’a parlé de l’affaire que pour mieux
condamner les violences de ceux que la mise à mort de mon frère révoltait.
Madame, les gens se battent pour Rémi, pour leur dignité et pour leurs idéaux. Ils se battent pour
vous, pour nous tous, pour que la fraternité soit effective. Ceux qui se battent connaissent assez la
malveillance de nos gouvernants pour comprendre qu’on tente de nous fait croire que nous sommes
dans un État de droit, alors que nous sommes dans un État de devoir. L’État ne respecte pas la loi
qu’il demande qu’on respecte. Il se joue de notre corps, de notre confiance, de notre argent et de
notre dignité. Il nous demande d’être à genoux, c’est un impératif catégorique.
Je vous ai écris cette lettre à vous comme à tous ceux qui me liront pour vous faire savoir que je
comprends aujourd’hui plus que jamais combien la non violence dans les affaires de crimes d’État a
ses limites. La non-violence, par son impuissance, est parfois plus condamnable, plus meurtrière
que la violence elle même. Les gens qui nous gouvernent sont malveillants, arrivistes, sadiques et
récidivistes. Ils doivent partir par tous les moyens nécessaires.
Farid El Yamni, frère de Wissam El Yamni, assassiné par la police le 1er janvier 2012 à Clermont
Ferrand.

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